AF4SD

L’histoire de Meri

Meri était directrice d’une entreprise de produits de beauté en Artsakh (Haut-Karabakh). Elle avait bâti son activité de ses propres mains et dirigeait une belle équipe de femmes qu’elle inspirait et aidait à atteindre l’indépendance financière. Ce n’était pas seulement une carrière, mais une véritable vocation.

Puis la guerre a éclaté, suivie du blocus total. En quelques mois, les couleurs vives de la vie ont disparu. Son équipe s’est dispersée aux quatre coins des villes et villages, chacune portant ses blessures, ses pertes, parfois même la disparition de l’espérance. Le lien qui les unissait a été brisé, et Meri, qui avait tant soutenu les autres, s’est retrouvée à son tour à devoir être portée.

Elle luttait pour survivre, pas seulement financièrement mais aussi psychologiquement. Sa fille Adrianna avait été profondément marquée par ce qu’elle avait vécu pendant la guerre. Les nuits étaient les plus dures : le silence n’était plus un apaisement, mais une peur constante. Pour une mère, voir son enfant souffrir est un déchirement. Et pourtant, Meri a continué à tenir debout, sans plan, mais avec une certitude : on ne peut pas laisser la douleur gagner.

Après leur déplacement forcé, fuyant le nettoyage ethnique, la famille a trouvé refuge au village de Mrgavet, dans la région d’Ararat en Arménie, grâce à l’organisation humanitaire Gain. Lorsqu’est arrivé l’anniversaire de son mari, Meri a voulu remercier l’équipe locale en préparant quelque chose de spécial : un baklava.

Ce simple geste a changé sa vie. Un bénévole allemand a goûté à son gâteau et lui a dit : « ce baklava devrait être sur le marché ». Meri n’y avait jamais pensé. Mais ses mots ont résonné en elle. Dès le lendemain, elle s’est rendue à Erévan avec un plateau de baklava. Sans étiquette, sans plan, juste avec de la confiance. Elle a frappé aux portes des restaurants et des magasins. L’un d’eux lui a passé sa première commande. Ainsi a commencé une nouvelle aventure.

Au début, elle n’avait qu’un four, aucun équipement professionnel. Mais elle avançait, pas à pas. Puis elle a découvert le programme de soutien économique aux femmes réfugiées de la Fondation Arménienne pour le Développement Durable (AF4SD). Elle a osé postuler, elle a rédigé son premier business plan, et a obtenu un soutien. Avec ce coup de pouce, elle a pu acheter le matériel nécessaire, améliorer ses produits, apprendre à les présenter et même participer à un concours international de desserts à Dilidjan… qu’elle a remporté.

Aujourd’hui, Meri ne se limite plus au baklava. Elle crée aussi des gâteaux, des biscuits, et rêve d’ouvrir sa propre pâtisserie. Même enceinte de son deuxième enfant, elle n’a jamais cessé : elle apprend, elle travaille, elle bâtit. Et à chaque étape, elle se souvient de pourquoi elle a commencé : Adrianna, sa fille.

C’est pour elle que son entreprise porte ce nom, comme une promesse et un hommage.

Meri n’est pas seulement une pâtissière. Elle est une survivante. Une mère. Une bâtisseuse. Son histoire n’est pas une histoire de desserts, mais une histoire de courage, de deuil transformé en création, d’un avenir réinventé à la force du cœur.